Ancien monde vs IA : et si ton vrai enjeu était la posture ?

20/12/2025

On parle de plus en plus de l'IA dans les entreprises françaises et européennes :
on t'invite à des conférences, on t'envoie des liens vers des outils, on te répète que "tout va changer".

Tu entends :

  • "Si tu ne prends pas le train de l'IA, tu vas disparaitre."

  • "L'IA va remplacer des millions d'emplois."

  • "Tout le monde doit apprendre à faire des prompts."

Et en même temps, tu vois autour de toi des personnes – souvent des dirigeants, des managers, des experts – qui sont encore ancrés dans l'ancien monde :
hiérarchie forte, décisions lentes, process lourds, peur de l'erreur, valeur accordée au contrôle plutôt qu'à l'expérimentation.

Tu te retrouves alors coincé·e entre deux injonctions :

"Adapte-toi vite au nouveau monde de l'IA"
mais aussi
"Rassure tout le monde en continuant à faire tourner l'ancien monde."

Et si ton vrai enjeu n'était pas de maîtriser la dernière IA générative,
mais de travailler ta posture dans cet entre-deux ?

1. Ancien monde vs IA : de quoi parle-t-on vraiment ?

Quand on parle d'ancien monde, on ne parle pas d'un âge ou d'une génération.
On parle d'un ensemble de repères :

  • le temps long, les carrières linéaires

  • les procédures stables, les métiers bien définis

  • la valeur accordée à l'expertise "acquise une bonne fois pour toutes"

  • la séparation nette entre ceux qui décident et ceux qui exécutent

Le nouveau monde de l'IA, lui, repose sur d'autres logiques :

  • cycles courts, expérimentation permanente

  • information multicanale, surabondante

  • outils qui automatisent une partie du travail intellectuel

  • nécessité d'apprendre en continu

  • frontières floues entre métiers, pays, cultures

La plupart des entreprises en France et en Europe ne sont pas totalement dans un camp ou dans l'autre :
elles sont dans un mix inconfortable de process anciens et d'injonctions nouvelles.

Et toi, tu es au milieu.

2. Pourquoi on te parle outils… alors que tu vis un enjeu identitaire

Souvent, on aborde l'IA par la porte technique :

  • quels outils utiliser ?

  • comment gagner du temps ?

  • comment automatiser des tâches ?

Mais si tu ressens une résistance, une peur ou un décalage, ce n'est pas (seulement) parce que tu ne maîtrises pas assez bien les outils.

Sous la surface, il y a souvent un enjeu beaucoup plus intime :

  • "Que vaut encore mon expertise si l'IA peut faire une partie de mon travail ?"

  • "Si je ne comprends pas tout, est-ce que je vais perdre ma crédibilité auprès de mes équipes ?"

  • "Je me sens déjà débordé·e, comment je peux en plus apprendre tout ça ?"

Autrement dit :

L'IA bouscule ta posture, ta place, ton identité professionnelle.

Tant que tu ne regardes pas cet enjeu-là, tu peux :

  • soit te crisper dans l'ancien monde ("c'est une mode, ça va passer")

  • soit te suradapter au nouveau ("il faut absolument que je sois à la page")

Dans les deux cas, tu ne choisis pas vraiment ta posture : tu la subis.

3. Les 4 postures fréquentes face à l'IA (et leurs limites)

a) La posture défensive : "Je protège l'ancien monde"

Tu t'appuies sur :

  • ton expérience

  • ta connaissance métier

  • les risques, la sécurité, la conformité

Tu vois surtout :

  • les dangers : erreurs, biais, RGPD, déshumanisation

  • les usages superficiels qu'on fait de l'IA

Cette posture a du bon : elle évite des dérives.
Mais si tu restes uniquement là, tu risques de :

  • passer pour la "personne qui freine"

  • être contourné·e dans les décisions

  • voir les transformations se faire sans toi

b) La posture technique : "Il faut que j'apprenne tous les outils"

Tu te jettes dans les listes de plugins, de prompts, de nouveautés.
Chaque semaine, un nouvel outil "révolutionnaire" sort.

Tu apprends beaucoup… mais tu peux vite :

  • t'épuiser

  • perdre de vue tes enjeux réels

  • te comparer en permanence à plus "tech" que toi

Tu maîtrises mieux les outils, mais ta posture de leader, de manager, de pro n'est pas clarifiée.

c) La posture d'évitement : "Je n'ai pas le temps pour ça"

Tu reportes, tu repousses, tu laisses les autres s'y mettre "d'abord".

En France comme ailleurs, on retrouve souvent cette posture dans les environnements déjà surchargés (santé, éducation, service public, PME…).

Ce n'est pas de la paresse : c'est du sur-engagement ailleurs.
Mais le risque, c'est de te réveiller dans 3 ans avec un fossé difficile à rattraper.

d) La posture caméléon : "Je dis que je suis à l'aise, mais au fond je panique"

En réunion, tu tiens le discours "officiel" sur l'innovation, la transformation, l'IA.
Intérieurement, tu te demandes :

  • "Est-ce que je comprends vraiment ce dont on parle ?"

  • "Est-ce que je ne vais pas être doublé·e par plus jeune, plus rapide ?"

C'est une forme de suradaptation : tu t'alignes sur le discours du nouveau monde, mais ta base interne ne suit pas.

4. Et si la bonne posture, c'était l'Entre-Deux assumé ?

Au lieu de choisir entre :

  • défendre l'ancien monde

  • te dissoudre dans le nouveau

tu peux occuper un autre rôle :

celui de pont lucide entre les deux.

Ce que ça veut dire concrètement

  1. Reconnaître ce que l'ancien monde a de précieux

    • la profondeur de certaines expertises

    • la valeur de la mémoire, de l'expérience, des échecs passés

    • la nécessité de cadres, de limites, de réflexions éthiques

  2. Identifier ce que l'IA vient réellement bousculer dans ton métier

    • quelles tâches répétitives ou standardisées peuvent être automatisées ?

    • quelles parties "nobles" de ton métier sont au contraire renforcées (relation, décision, stratégie, créativité) ?

  3. Assumer ta responsabilité de posture
    Ce que tes équipes, tes clients, tes partenaires attendent de toi, ce n'est pas que tu sois le/la meilleur·e technicien·ne de l'IA.
    C'est que tu demandes :

    • "Quel sens on met derrière ces outils ?"

    • "Quelle place pour l'humain ?"

    • "Qu'est-ce qu'on veut renforcer, et pas seulement remplacer ?"

Tu deviens alors référent·e de posture, pas seulement d'outillage.

5. Comment travailler ta posture face à l'IA (sans devenir data scientist)

Voici quelques pistes très concrètes si tu travailles en France / Europe, dans un contexte réel : PME, grande entreprise, collectivité, hôpital, école…

1. Clarifie ton rôle vis-à-vis de l'IA

Pose-toi ces questions :

  • Suis-je censé·e être utilisateur/trice, décideur·e, garant·e du cadre éthique, ou un peu des trois ?

  • À qui je rends des comptes sur ces sujets (direction, clients, citoyens, élèves…) ?

  • Quel serait le pire scénario si je ne bougeais pas… et le pire si je fonçais tête baissée ?

La posture commence par une vision claire de ta responsabilité.

2. Fais un inventaire honnête de ta relation au "nouveau monde"

Écris noir sur blanc :

  • ce que l'IA t'enthousiasme à l'idée de simplifier

  • ce qu'elle te fait vraiment peur de perdre

  • les croyances que tu as sur "le progrès", "la technologie", "la valeur du travail"

Tu verras rapidement que ton rapport à l'IA est souvent le reflet de ton rapport :

  • au contrôle

  • à la vulnérabilité

  • à l'apprentissage

3. Crée un espace pour dire "je ne sais pas encore"

Beaucoup de décideurs, managers et experts n'osent pas dire :

"Sur ce point, je ne sais pas encore, mais je vais me former / faire un test / consulter des personnes de confiance."

Pourtant, en 2024–2025, personne ne maîtrise vraiment l'IA à 100 %.
Ce qui est attendu, c'est une capacité à :

  • reconnaître ce que tu ignores

  • t'entourer

  • expérimenter en gardant un cap

C'est une posture d'humilité active, pas de résignation.

4. Te former… mais pas n'importe comment

Tu n'as peut-être pas besoin :

  • de tous les MOOC possibles

  • d'un master en data science

  • d'un catalogue de 50 outils

Tu as besoin :

  • d'une compréhension globale : comment ça fonctionne, comment ça se trompe, comment ça se régule

  • de cas d'usage ciblés sur ton métier, ton secteur, ta géographie (France, Europe)

  • d'un espace pour revenir sur ton expérience : ce que tu testes, ce que tu gardes, ce que tu refuses

La formation utile à ta posture, c'est celle qui te permet de tenir une conversation intelligente sur l'IA, pas de devenir ingénieur en machine learning.

5. Travailler l'alignement entre tes valeurs et tes usages

La question centrale de posture est là :

"Comment je reste aligné·e dans mes valeurs
tout en accueillant ce que l'IA permet ?"

Par exemple :

  • Si ta valeur centrale est la dignité humaine, comment t'assures-tu que l'usage de l'IA ne réduit pas les personnes à des données ou des KPI ?

  • Si ta valeur est la justice sociale, comment t'interroges-tu sur les biais, les discriminations, l'accès inégal aux outils ?

  • Si ta valeur est la qualité, comment utilises-tu l'IA pour améliorer la rigueur plutôt que pour produire plus de contenu, plus vite, mais moins pertinent ?

C'est là que tu redeviens acteur/actrice, et pas consommateur·rice de technologie.

6. Et quand tu te sens coincé·e entre deux mondes ?

Peut-être que tu as l'impression :

  • d'avoir un pied dans l'ancien monde (culture d'entreprise, secteur, fonction publique…)

  • et un pied dans le nouveau (jeunes équipes très connectées, injonction à innover, clients qui vont plus vite)

Tu vis alors un Entre-Deux très particulier :

  • tu comprends les peurs et les lenteurs de l'ancien monde

  • tu vois les opportunités et les risques du nouveau

  • et tu te demandes où est ta place là-dedans

Si tu n'y prends pas garde, tu peux :

  • devenir traducteur·rice épuisé·e entre ces deux univers

  • te suradapter en permanence à l'un ou à l'autre

  • t'oublier complètement dans le processus

Travailler ta posture, c'est aussi :

  • accepter que cet Entre-Deux fasse partie de ta réalité

  • reconnaître la compétence que ça représente (capacité à voir plusieurs mondes)

  • poser des limites sur ce qui t'appartient… et ce qui ne t'appartient pas

7. Ce que tes équipes et tes partenaires attendent vraiment de toi

Tu peux avoir l'impression qu'on attend de toi :

  • que tu sois à jour sur tous les outils IA

  • que tu prévoies parfaitement le futur

  • que tu ne te trompes jamais

En réalité, ce que beaucoup d'équipes, de clients, de citoyens expriment, c'est autre chose :

  • de la clarté : "voilà ce qu'on fait, voilà ce qu'on ne fait pas"

  • de la cohérence : "on ne sacrifie pas tout à la course à l'IA"

  • de l'écoute : "les peurs et les résistances sont entendues, pas moquées"

  • de la responsabilité : "on réfléchit aux conséquences humaines, pas seulement aux gains de productivité"

Autrement dit :

Ils attendent avant tout ta posture de leader, pas ta perfection technique.

l'IA n'est pas ton identité, ta posture si

L'IA va continuer d'évoluer, avec ou sans toi.
De nouveaux outils vont apparaître, de nouveaux métiers aussi.

Ce qui peut vraiment te mettre en difficulté, ce n'est pas de ne pas tout savoir.
C'est de rester coincé·e :

  • soit dans la nostalgie de l'ancien monde

  • soit dans la suradaptation au nouveau

Ta marge de manœuvre, elle est dans ta posture :

  • assumer ton Entre-Deux

  • reconnaître ce que tu sais et ce que tu ne sais pas

  • choisir tes usages en fonction de tes valeurs

  • redevenir auteur·rice de ta trajectoire, au lieu de la subir

💬 Et toi ?
Tu te sens plutôt "ancien monde", "IA first"… ou en plein Entre-Deux ?

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