Masculinisme, quand l’entre-deux masculin cherche un ennemi

10/04/2026

Le plus simple serait de traiter le masculinisme comme un problème extérieur.

Des hommes en colère.
Des discours agressifs.
Des contenus toxiques.
Des figures virilistes qui brassent du ressentiment avec un peu d'algorithme, beaucoup de simplification et une confiance très supérieure à leur profondeur.

Tout cela existe.
Mais si l'on s'arrête là, on ne comprend pas pourquoi ça prend.

Car une idéologie ne prospère pas seulement parce qu'elle est bruyante.
Elle prospère parce qu'elle rencontre quelque chose.

Et ce quelque chose, ici, n'est pas seulement la misogynie.
C'est souvent un entre-deux mal traversé.

Entre un ancien modèle masculin qui s'effrite et un autre qui n'est pas encore habité.
Entre le besoin de compter et la peur de ne plus savoir sur quoi fonder sa valeur.
Entre le désir d'être reconnu et l'incapacité à penser sa vulnérabilité autrement que comme une humiliation.
Entre une place historiquement favorisée et le vécu subjectif d'un déclassement.

Le masculinisme devient alors moins une pensée qu'une solution de secours.
Pas une solution juste.
Une solution de secours.

Ce qu'on voit en surface

En surface, on voit des hommes qui parlent beaucoup d'injustice.
Qui se disent disqualifiés, méprisés, remplacés, empêchés.
Qui vivent toute remise en cause comme une perte de statut.
Qui réduisent souvent le féminisme à une menace.

Le Haut Conseil à l'Égalité souligne justement la montée de cette adhésion à des discours masculinistes en France : 39 % des hommes pensent que le féminisme menace la place et le rôle des hommes ; 60 % estiment que les féministes ont des demandes exagérées ; 60 % pensent qu'elles souhaitent plus de pouvoir que les hommes.

Vu de loin, cela ressemble à une crispation idéologique.
Vu de plus près, cela peut ressembler à une autre scène :

un homme qui ne sait plus très bien comment exister sans dominer,
sans être central,
sans être indispensable,
sans se définir d'abord par la maîtrise, la performance ou l'ascendant.

Et quand cette question n'est pas pensée, elle cherche souvent une issue rapide.

Ce qui se joue derrière : l'entre-deux masculin

C'est là que ton coaching de l'Entre-Deux éclaire vraiment le sujet.

Certains hommes ne vivent pas seulement une contradiction d'opinion.
Ils vivent un entre-deux identitaire.

Ils ne sont plus entièrement dans l'ancien monde, mais ne savent pas encore habiter le nouveau.
Ils ne peuvent plus s'appuyer aussi tranquillement sur une supériorité symbolique héritée, mais ne savent pas encore construire une place qui ne repose ni sur la domination ni sur la victimisation.

Autrement dit, ils ne savent plus très bien :

  • qui être ;
  • comment tenir ;
  • comment compter ;
  • depuis quel endroit parler.

Et cette zone-là est extrêmement sensible.

Parce qu'un entre-deux mal vécu réclame souvent une sortie nette.
Pas une sortie juste. Une sortie nette.

Il veut :

  • de la clarté ;
  • une hiérarchie ;
  • un responsable ;
  • une explication simple ;
  • une identité prête à porter.

Le masculinisme offre précisément cela.

Pourquoi le masculinisme séduit

L'article repris par Sciences Po rappelle que le masculinisme est un contre-mouvement politique qui ne se contente pas de critiquer le féminisme : il remet en cause la recherche d'égalité elle-même, perçue comme une menace. Il sert aussi de "langage politique minimal" permettant à des groupes réactionnaires différents de converger autour d'un adversaire commun.

Pourquoi est-ce psychiquement si efficace ?

Parce qu'il transforme une confusion intérieure en récit extérieur.

Il ne dit pas :
"Tu traverses peut-être une crise de place, de repères, de rapport à la dépendance, à la vulnérabilité, à la perte de centralité."

Il dit :
"Tu souffres parce qu'on t'a pris quelque chose."

Cette phrase est redoutable.
Elle simplifie tout.
Elle anesthésie vite.
Elle évite le travail plus exigeant qui consisterait à traverser :

  • la honte ;
  • la peur de l'insignifiance ;
  • la perte de repères ;
  • la difficulté à se redéfinir.

Le masculinisme ne soigne rien.
Il colmate.

Le rôle de l'environnement numérique

Ce terrain fragile est aujourd'hui renforcé par l'écosystème numérique.

Une étude de l'Anti-Bullying Centre de Dublin City University a montré que des comptes identifiés comme masculins étaient exposés à des contenus masculinistes, antiféministes et autres contenus extrémistes dans les 23 premières minutes de l'expérience sur TikTok et YouTube Shorts. Une fois l'intérêt manifesté, la proportion de contenus toxiques augmentait très vite.

Autrement dit, le malaise n'est pas seulement rencontré.
Il est capté, nourri, validé, accéléré.

Un homme en trouble n'arrive plus seulement dans une conversation.
Il arrive dans un tunnel.

Les coûts invisibles

Le premier coût est intérieur.

Plus un homme s'attache à un récit accusateur, moins il peut élaborer ce qui se passe vraiment en lui. Le ressentiment lui évite de toucher à la peur, à la jalousie, à l'humiliation, à la dépendance, à la perte. Il donne une cohérence défensive à la place d'une clarté réelle.

Le deuxième coût est relationnel.

Quand toute contradiction féminine devient une menace, quand toute avancée égalitaire est lue comme un recul personnel, la qualité du lien se dégrade. On ne rencontre plus l'autre. On rencontre surtout ce qu'elle vient toucher dans une identité fragilisée.

Le troisième coût est politique.

L'article-source insiste sur le fait que le masculinisme peut servir de tremplin vers des idéologies réactionnaires plus larges. Les recherches et institutions qui suivent ces phénomènes soulignent également ses articulations avec d'autres univers idéologiques hostiles aux droits, aux minorités ou à l'égalité.

Ce qui commence comme malaise peut donc devenir matière première pour des visions du monde beaucoup plus dures.

Exemples concrets

Cela ne ressemble pas toujours à un influenceur de la "manosphere".

Cela peut ressembler à un homme très socialement intégré :

  • qui parle sans cesse de "respect" quand il veut dire "ne plus être contesté" ;
  • qui vit une promotion féminine comme une injustice implicite ;
  • qui interprète toute parole sur les privilèges masculins comme une attaque personnelle ;
  • qui se sent perdu, mais transforme cette perte en accusation ;
  • qui préfère mille fois un récit brutal mais simple à un travail subtil sur son propre déplacement.

Le sujet est là :
quand une personne ne sait plus habiter l'entre-deux qu'elle traverse, elle cherche souvent à supprimer la complexité plutôt qu'à la travailler.

Les mécanismes invisibles

La blessure transformée en doctrine

Une expérience de déstabilisation devient une vérité générale sur "les femmes", "la société", "le féminisme".

La vulnérabilité refusée

Tant qu'un homme ne peut pas dire "je suis perdu", il risque de dire "on me persécute".

La confusion entre limite et domination

Il ne sait plus poser une place juste sans vouloir rétablir une hiérarchie.

Le besoin de simplicité

Plus le monde devient complexe, plus les récits binaires deviennent séduisants.

Ce qu'un travail de coaching peut ouvrir

Le coaching, ici, n'a pas pour fonction de lisser politiquement le problème.
Il a pour fonction de travailler le terrain humain qui le rend possible.

Enjeux visibles

  • colère diffuse ;
  • crispation identitaire ;
  • conflits relationnels ;
  • sarcasme ;
  • sentiment d'injustice ;
  • isolement.

Dynamiques de fond

  • peur de l'insignifiance ;
  • honte non élaborée ;
  • perte de repères ;
  • difficulté à exister sans surplomb ;
  • entre-deux identitaire mal habité.

Leviers de coaching

Le premier levier consiste à distinguer :

  • la souffrance ;
  • le récit qu'on en fait ;
  • le comportement qu'on autorise à partir de ce récit.

Le deuxième consiste à retravailler la place.
Pas la place au-dessus.
La place juste.

Le troisième consiste à construire une puissance non dominatrice : une présence qui n'a pas besoin d'écraser, d'accuser ou de se victimiser pour exister.

Questions puissantes

  • Qu'est-ce qui vacille vraiment en moi quand je ne me sens plus au centre ?
  • Qu'est-ce que j'appelle "respect" quand je me sens contesté ?
  • Qu'est-ce que mon ressentiment me permet de ne pas sentir ?
  • De quoi mon besoin de hiérarchie me protège-t-il ?
  • Quelle forme de solidité pourrais-je construire sans passer par la domination ?

Exercice activable

Pendant une semaine, noter chaque fois qu'une réaction de colère, de sarcasme ou de mépris apparaît dans une situation touchant au pouvoir, au genre ou à la contradiction. Puis écrire :

  1. ce qui a été touché ;
  2. le récit immédiat que je me suis raconté ;
  3. l'émotion plus profonde en dessous ;
  4. ce que j'aurais pu dire ou faire depuis une place plus juste.

C'est moins spectaculaire qu'une posture viriliste.
Mais infiniment plus structurant.


Le vrai sujet n'est pas de nier le malaise de certains hommes.
Ce serait intellectuellement paresseux et humainement inutile.

Le vrai sujet est de comprendre qu'un malaise non travaillé peut devenir disponible pour des récits qui promettent une restauration identitaire rapide au prix de la complexité, du lien et de l'égalité.

Le masculinisme prospère souvent là :
dans l'incapacité à habiter une transition autrement qu'en accusant.
Dans la difficulté à transformer une perte de repères en travail intérieur.
Dans la tentation de remplacer la complexité par la domination.

Un homme peut être perdu sans être persécuté.
Il peut être fragilisé sans être dominé.
Il peut avoir besoin d'aide sans avoir besoin d'un ennemi.

C'est peut-être là que le travail commence vraiment :
quand l'entre-deux n'est plus traité comme une humiliation, mais comme un passage exigeant à habiter autrement.



FAQ

Qu'est-ce que le masculinisme ?

Le masculinisme est présenté comme un contre-mouvement politique antiféministe fondé sur la victimisation masculine et la perception de l'égalité comme menace.

Pourquoi certains hommes y adhèrent-ils ?

Parce que ces discours offrent une réponse simple à un malaise complexe : perte de repères, trouble identitaire, sentiment de déclassement, peur de ne plus savoir où fonder sa valeur.

En quoi cela rejoint-il l'Entre-Deux ?

Parce que beaucoup d'hommes concernés semblent coincés entre un ancien modèle masculin devenu instable et une autre manière d'être homme qu'ils ne savent pas encore habiter.

Les réseaux sociaux aggravent-ils le phénomène ?

Oui. Des recherches ont montré que des contenus masculinistes et extrémistes pouvaient être proposés à de jeunes comptes masculins en moins de 23 minutes sur certaines plateformes.

Le coaching peut-il aider ?

Oui, s'il aide à distinguer souffrance, récit et comportement, à traverser la perte de repères, et à construire une présence plus stable qui ne repose ni sur la domination ni sur la victimisation.


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