Pourquoi j’accompagne aussi les créatrices et créateurs d’entreprise : les premières habitudes deviennent souvent les limites de demain

26/10/2026

On peut créer une entreprise pour gagner en liberté et construire, dès les premiers mois, une activité dont on devient prisonnier ou prisonnière.

C'est un paradoxe que je connais bien. Entrepreneur depuis de nombreuses années, j'accompagne des dirigeantes et dirigeants sur leurs problématiques stratégiques depuis 2013. Aujourd'hui, mon activité de coach professionnel m'amène également à travailler avec des créatrices et créateurs d'entreprise.

Certains pourraient y voir deux métiers différents : accompagner les personnes qui démarrent et celles qui dirigent déjà une entreprise.

Pour moi, il existe une continuité évidente.

Beaucoup de difficultés rencontrées par les dirigeantes et dirigeants de TPE prennent racine dans leurs premières décisions et habitudes.

C'est précisément pour cette raison que j'interviens aussi au moment de la création.

Créer son entreprise : quand l'enthousiasme rencontre la réalité

Imaginez une personne qui vient de lancer son activité.

Elle a travaillé son offre, créé son site internet et trouvé ses premiers clients. Son projet devient concret.

Mais son quotidien commence déjà à se remplir.

Il faut prospecter, vendre, produire, facturer, gérer l'administratif, répondre aux clients et préparer les prochaines actions commerciales.

Le soir, il reste toujours quelque chose à terminer.

Quand on lui demande comment se passe son lancement, la réponse ressemble souvent à ceci : « Ça avance, mais je manque de temps. »

Au démarrage, les ressources sont limitées et les créateurs comme les créatrices doivent souvent tout faire eux-mêmes.

Pourtant, une interrogation mérite déjà d'être posée : sont-ils en train de construire une entreprise ou simplement de créer leur propre emploi, avec davantage de responsabilités ?

Les deux choix peuvent être parfaitement légitimes. Encore faut-il qu'ils soient conscients.

Le premier risque : confondre autonomie professionnelle et autonomie de l'entreprise

Créer son entreprise répond souvent à une aspiration personnelle : devenir indépendant ou indépendante, décider librement, exercer un métier autrement ou donner vie à un projet.

Mais l'indépendance juridique ne garantit pas la liberté professionnelle.

Une entrepreneure ou un entrepreneur peut quitter un employeur pour se retrouver dépendant de sa clientèle, de ses fournisseurs, de ses contraintes financières et de sa propre disponibilité.

Cette dépendance est parfois inévitable au lancement.

Elle devient préoccupante lorsqu'elle s'installe comme un mode de fonctionnement permanent.

Ce que j'observe chez certaines dirigeantes et certains dirigeants de TPE est révélateur : ils ont développé leur entreprise en devenant indispensables à chaque étape.

Quelques années plus tard, ils souhaitent déléguer, recruter ou dégager du temps. Mais toute leur organisation repose sur eux.

Ils doivent alors déconstruire une partie de ce qui a permis leur réussite initiale.

Je crois qu'il est plus facile de réfléchir à sa future place de dirigeante ou de dirigeant dès la création que d'attendre d'être devenu indispensable à tout.

Pourquoi mon engagement auprès d'Initiactive a du sens

C'est dans cette logique que s'inscrit mon engagement comme mentor et expert auprès d'Initiactive, un réseau d'accompagnement des entrepreneures et entrepreneurs.

Cet engagement me permet d'intervenir auprès de femmes et d'hommes qui construisent leur activité et découvrent les réalités de l'entrepreneuriat.

J'y retrouve une dimension essentielle de mon métier : transmettre une expérience sans imposer son propre modèle.

Le mentorat, l'expertise et le coaching apportent trois formes d'accompagnement complémentaires.

  • Comme mentor, je partage mon expérience entrepreneuriale, les erreurs possibles, les arbitrages et les enseignements tirés du terrain.

  • Comme expert, j'apporte un regard stratégique sur le modèle économique, le positionnement, les priorités ou le développement commercial.

  • Comme coach, j'aide la créatrice ou le créateur à examiner sa façon de décider, ses freins, ses comportements et les responsabilités qu'il ou elle souhaite réellement assumer.

Ces trois approches répondent à des besoins différents.

Une créatrice d'entreprise peut avoir besoin d'un conseil précis pour définir sa stratégie commerciale. Un créateur peut savoir exactement ce qu'il devrait faire et pourtant repousser continuellement sa décision.

Dans le second cas, donner davantage de conseils ne suffira probablement pas.

Il faut comprendre ce qui empêche de passer à l'action.

La création d'entreprise est aussi un changement d'identité

On parle beaucoup du business plan, du financement, de l'étude de marché et des statuts juridiques.

Ces sujets sont indispensables.

Mais on parle beaucoup moins de ce qui se joue intérieurement lorsqu'une femme ou un homme devient chef d'entreprise.

Une ancienne salariée doit apprendre à décider sans validation hiérarchique.

Un expert technique doit accepter qu'être excellent dans son métier ne suffit pas pour développer une activité.

Une personne habituée à sécuriser ses revenus doit apprendre à composer avec l'incertitude.

Un entrepreneur ou une entrepreneure passionnée doit parfois accepter de vendre son travail à un prix qui rémunère réellement son temps.

J'accompagne régulièrement des femmes et des hommes qui traversent des périodes d'entre-deux. La création d'entreprise en est une particulièrement intéressante.

On quitte progressivement une identité professionnelle sans avoir encore totalement construit celle de dirigeante ou de dirigeant.

Cette transition mérite autant d'attention que les prévisions financières.

Cinq leviers à travailler dès la création de son entreprise

Mon approche consiste à aider les entrepreneures et entrepreneurs à construire leur activité tout en développant leur capacité à la diriger.

1. Clarifier l'entreprise que l'on veut réellement créer

Toutes les créatrices et tous les créateurs ne souhaitent pas développer une entreprise de vingt salariés.

Certaines personnes veulent travailler seules. D'autres souhaitent constituer une équipe, développer plusieurs activités ou construire une entreprise transmissible.

Ces ambitions impliquent des organisations différentes.

Trois questions peuvent aider :

  • Quelle place souhaitez-vous donner à votre entreprise dans votre vie ?

  • Dans trois ans, quelles tâches voulez-vous encore réaliser personnellement ?

  • Si votre activité double, voulez-vous également doubler votre temps de travail ?

Le but est d'éviter de construire, par automatisme, une activité qui ne correspond pas à ses aspirations.

2. Apprendre à décider sans chercher à tout sécuriser

Au lancement, les décisions sont nombreuses et les informations rarement complètes.

Certaines créatrices et certains créateurs multiplient les formations, les avis et les analyses avant d'agir.

Cette prudence peut être utile. Elle peut aussi devenir une manière de repousser le risque.

L'accompagnement consiste alors à distinguer les décisions qui exigent une analyse approfondie de celles qui peuvent être testées rapidement.

Entreprendre ne demande pas d'être certain ou certaine de tout. Il faut apprendre à décider avec un niveau d'incertitude acceptable.

3. Construire une activité économiquement viable

Un premier client représente une victoire importante.

Mais une vente ne constitue pas automatiquement une bonne affaire.

Il faut apprendre à regarder la marge, les charges, le temps consacré à chaque prestation et les besoins de trésorerie.

J'encourage notamment les créatrices et créateurs à calculer leur rémunération horaire réelle.

Une prestation facturée 500 € peut devenir peu intéressante si elle mobilise trois jours de travail.

La question dépasse les chiffres : il faut également apprendre à défendre ses prix, à négocier et parfois à refuser un client.

4. Développer une discipline d'action plutôt qu'une accumulation de projets

Les entrepreneures et entrepreneurs ont souvent beaucoup d'idées.

Un nouveau service, un partenariat, un réseau social supplémentaire ou une nouvelle cible commerciale peuvent sembler prioritaires.

Mais les ressources sont limitées.

Je privilégie une approche simple : identifier une priorité, décider d'une action concrète, la réaliser puis examiner son résultat.

Entre deux échanges d'accompagnement, une action observable permet de transformer une réflexion en apprentissage.

Contacter cinq prospects, tester une offre, interroger trois clients ou mesurer la rentabilité d'un service apporte souvent davantage qu'une nouvelle journée passée à perfectionner son projet.

5. Préparer l'autonomie avant même de recruter

Même lorsqu'on travaille seul ou seule, il est possible de prendre des habitudes qui faciliteront une future croissance.

Documenter certaines tâches, organiser l'information, distinguer les urgences des priorités et identifier les activités répétitives sont de premières étapes.

Pour les entrepreneures et entrepreneurs qui envisagent de recruter, il faut aussi réfléchir aux décisions qu'ils accepteront de confier.

Car déléguer ne consiste pas simplement à transmettre des tâches.

Cela suppose d'accepter qu'une autre personne puisse agir, proposer et parfois procéder différemment.

Cette capacité se prépare bien avant l'arrivée du premier collaborateur ou de la première collaboratrice.

Et pour celles et ceux qui souhaitent rester entrepreneurs solo ?

Je tiens à cette distinction : toutes les entrepreneures et tous les entrepreneurs n'ont pas vocation à devenir employeurs.

Une indépendante ou un indépendant peut construire une entreprise rentable, durable et parfaitement adaptée à ses choix de vie sans recruter.

Mais rester seul ou seule ne signifie pas devoir tout porter sans soutien.

L'autonomie peut aussi passer par une meilleure organisation, des outils adaptés, des partenaires externes, un réseau professionnel et un espace où confronter ses décisions.

On peut choisir d'entreprendre en solo sans être condamné à décider dans la solitude.

C'est également une raison importante pour laquelle j'accompagne cette catégorie d'entrepreneures et d'entrepreneurs.

Accompagner dès le départ pour éviter de réparer plus tard

Dans mon travail auprès des TPE en croissance, j'interviens souvent lorsque la dirigeante ou le dirigeant commence à subir le fonctionnement de son entreprise.

Les décisions remontent systématiquement. Les collaborateurs et collaboratrices attendent des validations. L'activité progresse, mais le temps disponible diminue.

Ces situations ne sont pas des fatalités.

Certaines difficultés pourraient être anticipées dès les premières étapes de l'aventure entrepreneuriale.

Bien sûr, aucun accompagnement ne supprimera les erreurs, les imprévus ou les périodes difficiles.

Et je ne crois pas qu'il faille chercher à fabriquer des dirigeantes ou dirigeants parfaits.

L'entrepreneuriat s'apprend aussi en expérimentant, en se trompant et en ajustant ses décisions.

Mais il existe une différence importante entre les erreurs qui permettent d'apprendre et les habitudes qui finissent par enfermer.

C'est pourquoi je considère l'accompagnement des créatrices et créateurs d'entreprise comme une continuité naturelle de mon travail auprès des dirigeantes et dirigeants expérimentés.

J'accompagne les dirigeantes et dirigeants de TPE pour qu'ils ne restent pas prisonniers de leur entreprise. J'accompagne aussi les créatrices et créateurs pour qu'ils évitent, autant que possible, de construire cette prison dès le départ.


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